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Encadrement des loyers à Paris quand on est propriétaire

Par l'équipe d'AplombPublié le 8 min de lecture

Le plafond des loyers parisiens prend fin en principe le 24 novembre 2026 à minuit. Le Sénat a voté sa prolongation jusqu'en 2028, l'Assemblée nationale doit encore se prononcer. D'ici là, votre locataire peut recalculer lui-même le plafond de son loyer, bail en main, sur le site de la Ville.

Nous commençons par la date, parce que c'est elle qui peut changer dans les semaines qui viennent. Le reste de l'article décrit la règle telle qu'elle s'applique aujourd'hui, et telle qu'elle continuera de s'appliquer si la prolongation est votée.

Le 24 novembre 2026 et ce qui pourrait suivre

L'encadrement parisien repose sur une expérimentation prévue par l'article 140 de la loi ELAN, pour 8 ans à compter de la publication de la loi, soit jusqu'au 24 novembre 2026. L'arrêté préfectoral du 12 juin 2026 fixe les loyers de référence du 1er juillet au 24 novembre 2026 seulement, et rappelle que l'expérimentation « prend fin le 24 novembre 2026 à minuit ».

Le 11 décembre 2025, l'Assemblée nationale a adopté une proposition de loi qui rendait le dispositif permanent. Le Sénat l'a adoptée à son tour le 21 octobre 2026, par 325 voix contre 17, mais dans une version différente. Sa version ne rend pas l'encadrement permanent et ne l'ouvre pas à de nouvelles communes. Elle porte l'expérimentation de 8 à 10 ans, soit jusqu'au 24 novembre 2028, et permet à la collectivité qui l'a demandée, ou à une commune, d'y mettre fin plus tôt sur son territoire.

Au 2 novembre 2026, rien n'est définitif. Le texte, qui n'a pas été examiné en procédure accélérée, a été transmis à l'Assemblée nationale le 22 octobre pour une deuxième lecture, et il n'y est pas encore passé. Si les députés l'adoptent sans le modifier, il pourra être promulgué. S'ils le modifient, il retourne au Sénat. Tant qu'il n'est pas promulgué, l'article 140 prévoit toujours 8 ans.

Si vous signez un bail après le 24 novembre, vérifiez l'état du droit ce jour-là, sur paris.fr ou auprès de l'ADIL de Paris, dont le conseil est gratuit, pour les propriétaires comme pour les locataires. Nous mettons cet article à jour à chaque étape du texte.

Le plafond et les trois loyers de référence

Depuis le 1er juillet 2019, à Paris, le loyer hors charges d'un logement loué comme résidence principale ne peut pas dépasser le loyer de référence majoré. Cela vaut pour la location vide comme pour le meublé, la colocation et le bail mobilité, à la signature comme au renouvellement.

Chaque année, le préfet fixe par arrêté trois montants au mètre carré de surface habitable, par catégorie de logement et par secteur. Paris compte 14 secteurs, qui regroupent ses 80 quartiers. La catégorie dépend du type de location, du nombre de pièces principales et de l'époque de construction, avant 1946, de 1946 à 1970, de 1971 à 1990, ou après 1990. Pour un meublé, l'arrêté ajoute une majoration au mètre carré.

Le loyer de référence est le loyer médian relevé par l'observatoire local des loyers pour la catégorie. Le loyer de référence majoré vaut 20 % de plus, et c'est lui qui fixe le plafond. Le loyer de référence minoré vaut 30 % de moins. Il sert au propriétaire dont le loyer est très bas, qui peut demander à le réévaluer au moment du renouvellement.

L'encadrement ne s'applique pas aux logements sociaux, aux logements soumis à la loi de 1948, aux logements conventionnés avec l'Anah, aux locations saisonnières, aux meublés de tourisme, aux résidences-services ni aux sous-locations.

Les trois loyers de référence et le complément de loyer complément plafond moins 30 % médiane plus 20 % Loyer deréférenceminoré Loyer deréférence Loyer deréférencemajoré
Schéma sans montant. Le loyer de base, hors charges, s'arrête au loyer de référence majoré. Le complément ne s'ajoute qu'au-dessus de ce plafond, et seulement si le logement le justifie. Les montants de votre logement se lisent sur le simulateur de la Ville.

Chaque mètre carré compte

Le plafond de votre logement s'obtient en multipliant le loyer de référence majoré par la surface habitable. Sur un deux pièces de 40 m², un mètre carré pèse donc 2,5 % du plafond.

Cette surface est écrite dans le bail, et la loi a prévu le cas où elle est fausse. Quand la surface réelle est inférieure de plus d'un vingtième à celle du bail, le locataire peut demander une baisse de loyer proportionnelle à l'écart. S'il la demande dans les 6 mois qui suivent la prise d'effet du bail, la baisse remonte à la signature. Sans accord dans les 2 mois, il peut saisir le juge dans les 4 mois qui suivent sa demande.

À Paris, une surface gonflée vous expose donc deux fois, parce que le locataire peut recalculer le plafond et demander la baisse de loyer. La surface habitable se calcule selon l'article R. 156-1 du code de la construction et de l'habitation, et elle n'est pas toujours égale à la surface Carrez. Nous expliquons l'écart entre les deux dans surface habitable et surface Carrez.

Le plan coté que nous livrons avec la visite donne la surface de chaque pièce. Il sert à montrer le logement aux candidats, pas à rédiger le bail. Plan indicatif, il ne remplace pas un mesurage Loi Carrez. Il ne remplace pas non plus un mesurage de surface habitable. Pour le bail, faites mesurer par un diagnostiqueur.

Lire son plafond sur le simulateur de la Ville

N'estimez pas le plafond à la main. La Ville de Paris met en ligne un simulateur officiel, le même que celui de votre locataire. Il demande l'adresse, la date du bail, le nombre de pièces, la surface, l'époque de construction et le type de location. Choisissez la période de la signature, car c'est l'arrêté en vigueur ce jour-là qui compte. Si vous ignorez l'époque de construction, le syndic la connaît, et le simulateur accepte « Je ne sais pas ». Gardez une capture du résultat avec le bail.

Le complément de loyer se prouve

Dépasser le plafond reste possible, à trois conditions. Le loyer de base doit d'abord être égal au loyer de référence majoré, un complément posé sur un loyer inférieur n'est pas valable. Le logement doit ensuite présenter des caractéristiques de localisation ou de confort qui le distinguent des logements de la même catégorie dans le même secteur. Le montant et ces caractéristiques doivent enfin être écrits précisément dans le bail, car une formule vague se défend mal.

Pour les baux signés depuis le 18 août 2022, un seul de ces défauts suffit à interdire tout complément.

  • des sanitaires sur le palier
  • des signes d'humidité sur certains murs
  • un diagnostic de performance énergétique classé F ou G
  • des fenêtres qui laissent anormalement passer l'air, hors grille de ventilation
  • un vis-à-vis à moins de dix mètres
  • des infiltrations ou inondations venant de l'extérieur
  • des problèmes d'évacuation d'eau au cours des 3 derniers mois
  • une installation électrique dégradée
  • une mauvaise exposition de la pièce principale

Le locataire peut contester le complément devant la commission départementale de conciliation, et c'est alors à vous de prouver ce qui le justifie. Le juge, s'il est saisi ensuite, peut le réduire ou le supprimer depuis le début du bail.

Cette preuve se fait avec des pièces, pas avec des adjectifs. Une terrasse, une vue ou une salle de bains refaite peuvent se montrer. Les photos et la visite faites avant la location gardent une trace datée de ce que le locataire a loué. Rangez-les avec le bail.

Ce que le bail et l'annonce portent

À Paris, le bail doit porter plusieurs montants en plus des mentions habituelles.

  • le loyer de base, hors charges
  • le loyer de référence et le loyer de référence majoré de la catégorie du logement
  • le complément de loyer s'il y en a un, avec les caractéristiques qui le justifient
  • le dernier loyer payé par le précédent locataire, s'il est parti depuis moins de 18 mois
  • la surface habitable et la classe du diagnostic de performance énergétique

Depuis le 1er octobre 2026, les baux signés ou renouvelés suivent un nouveau modèle de bail type, fixé par le décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026. Partez de lui, pas d'un bail téléchargé il y a 3 ans.

L'annonce a ses propres règles. Pour un particulier, l'arrêté du 21 avril 2022 impose la formule « Zone soumise à encadrement des loyers », puis le loyer de référence majoré avec la mention « loyer de référence majoré (loyer de base à ne pas dépasser) », le loyer de base et le complément s'il y en a un. Le loyer mensuel, charges et complément compris, doit s'écrire en caractères plus gros que ces trois montants. Les agences suivent un arrêté de 2017 qui va dans le même sens. Vous trouverez la formule en place dans un exemple d'annonce de location, et l'ordre complet de la mise en location dans louer son appartement à Paris étape par étape.

Quand le loyer dépasse

Depuis le 1er janvier 2023, c'est la Ville de Paris qui reçoit les signalements des locataires, et non plus le préfet. Depuis le 15 janvier 2025, le signalement passe par un compte Mon Paris. La Ville met alors le propriétaire en demeure de mettre le bail en conformité et de rembourser le trop-perçu. Si rien ne bouge, elle peut prononcer une amende administrative, jusqu'à 5 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale, par logement.

Le locataire a aussi sa propre voie, une lettre recommandée avec accusé de réception qui demande la baisse, puis la commission départementale de conciliation, gratuite, puis le juge des contentieux de la protection. Il peut obtenir la baisse du loyer et le remboursement de ce qu'il a payé en trop, en plus de l'amende que la Ville peut vous infliger.

Les délais à retenir

Les délais de l'encadrement des loyers à Paris, d'après la loi du 6 juillet 1989 et service-public.fr.
SituationQui agitDélai
Le bail ne donne pas le loyer de référence majoréLe locataire1 mois après la prise d'effet du bail pour vous mettre en demeure. Vous avez 1 mois pour répondre, puis il a 3 mois pour saisir le juge.
Le complément de loyer est contestéLe locataire3 mois après la signature pour saisir la commission de conciliation, puis 3 mois après son avis pour saisir le juge.
La surface est inférieure de plus d'un vingtièmeLe locataireBaisse rétroactive s'il la demande dans les 6 mois. Sans accord en 2 mois, 4 mois pour saisir le juge.
La Ville vous met en demeureVous2 mois pour mettre le bail en conformité et rembourser.
Au renouvellement, le loyer de base dépasse le majoréLe locataireDemande de baisse au moins 5 mois avant la fin du bail.
Au renouvellement, le loyer de base est sous le minoréVousDemande de réévaluation au moins 6 mois avant la fin du bail.

Au renouvellement, dans un sens comme dans l'autre, la commission de conciliation passe avant le juge.

Sources, consultées le 20 octobre 2026 17
  1. Loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, dite loi ELAN, article 140, version en vigueur au 22 octobre 2026, Légifrance, relu le 22 octobre 2026
  2. Décret n° 2023-981 du 23 octobre 2023, notice, durée de l'expérimentation jusqu'au 24 novembre 2026, Légifrance
  3. Décret n° 2019-315 du 12 avril 2019, périmètre de l'encadrement à Paris, Légifrance
  4. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 3-1, erreur de surface habitable, Légifrance
  5. Décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026, contrats types de location, Légifrance
  6. Arrêté préfectoral n° IDF-2026-06-12-00003 du 12 juin 2026 fixant les loyers de référence à Paris, du 1er juillet au 24 novembre 2026, recueil des actes administratifs du 15 juin 2026
  7. Arrêté du 21 avril 2022, mentions obligatoires des annonces de location des particuliers, Légifrance
  8. ADIL de Paris, l'absence de référence à l'encadrement dans l'annonce de location et accueil de l'ADIL de Paris, « Le conseil est gratuit, neutre et personnalisé »
  9. Service-public.fr, « En quoi consiste l'encadrement des loyers à respecter en zone tendue ? », vérifiée le 1er août 2026
  10. Ville de Paris, « Encadrement des loyers, vérifiez si vous êtes concerné », mise à jour le 19 janvier 2026
  11. Ville de Paris, simulateur officiel de l'encadrement des loyers
  12. Sénat, proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs, dossier législatif, transmission à l'Assemblée nationale le 22 octobre 2026 en deuxième lecture, relu le 2 novembre 2026, et rapport n° 47 de la commission des affaires économiques, relu le 22 octobre 2026
  13. Sénat, texte n° 48 (2026-2027) adopté par la commission des affaires économiques le 14 octobre 2026, article 1er, « huit » remplacé par « dix » à l'article 140 de la loi ELAN, lu le 20 octobre 2026
  14. Sénat, compte rendu analytique de la séance du 21 octobre 2026, discussion de la proposition de loi et vote sur l'ensemble, lu le 22 octobre 2026
  15. Sénat, scrutin n° 25 du 21 octobre 2026 sur l'ensemble de la proposition de loi, adoptée par 325 voix contre 17, lu le 22 octobre 2026
  16. Sénat, texte adopté n° 14 (2026-2027) du 21 octobre 2026, texte provisoire, article 1er, « huit » remplacé par « dix » à l'article 140 de la loi ELAN, lu le 22 octobre 2026
  17. Constitution du 4 octobre 1958, article 45, adoption d'un texte identique par les deux assemblées, Conseil constitutionnel, lu le 20 octobre 2026
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